« Price » de Steve Tesich

Un très grand roman du passage à l’âge adulte, dont la première scène – un combat de lutte – annonce et illustre parfaitement cette étape de la vie vécue comme un combat.

Daniel Price a 18 ans, il finit sa dernière année de lycée et va donc passer son diplôme de fin d’étude. Il traine toujours avec ses deux meilleurs potes : Larry Misiora et Billy Freund. « En passant par Bering Avenue, comme d’habitude ; Freund à droite près du trottoir, Misiora à gauche, moi au milieu. » Ils vont parfois rendre visite à une Madame Dewey ; la seule adulte (mais quel âge a-t-elle ?) qui leur parle comme à des adultes, comme à des égaux. Ils sont inséparables. Du moins, le pensent-ils.

Daniel vit chez ses parents. Son père, petit homme aux beaux cheveux qui travaille à l’usine de la ville ;  sa mère, grande femme d’origine Yougoslave, un peu diseuse de bonne aventure. « Ma mère se signa à sa façon byzantine, puis se livra à tout un rituel censé nous protéger ».

Tout le roman se passe à East Chicago, et parfois cela en devient oppressant. Dans un été suffocant avec une période, aussi courte qu’intense, de froid.

Daniel rencontre Rachel. Tout bascule, ou plutôt c’est l’étincelle qui déclenche ou éclaire les événements. « Je n’arrivais pas à savoir pourquoi elle souriait lorsqu’elle souriait ; pourquoi elle éprouvait soudain le besoin de se défouler sur moi […] ».

Beaucoup de changements. Trop. Ou alors c’est parce qu’à cet âge, il est difficile de faire la part des choses, difficile de savoir prendre du recul, difficile de gérer ses priorités.

Le fait est que son père tombe gravement malade. Daniel tombe amoureux – une première ! – de Rachel. Diplôme en poche, tombe l’horizon des études, s’impose les choix pour demain. « Nous savions pertinemment que nous devions trouver un emploi. »

Les jours s’égrainent et pourtant on a cette sensation haletante en tournant les pages. L’écriture est précise, les mots imposent l’atmosphère tantôt lourde tantôt pressante ; le travail de traduction est à saluer.

L’émancipation de Daniel, comme pour beaucoup, consiste surtout à trouver sa place au milieu des autres. Il cherche à s’imposer. Il se cherche.

La relation avec Rachel le torture car trop complexe pour lui. Les divergences de regards, d’ambition, de liberté, se font plus fortes avec ses amis. Et surtout, ses tête-à-tête avec son père virent à la confrontation, et par dessus la tendresse que l’on sent poindre, engendre de la peur, de la pitié ou de la désillusion.

Et tout s’enchaine, s’entrechoque. On est plongé dans cet éclatement de l’environnement, dans ces instants où tout s’offre à soi, où rien n’est possible ; notre lecture, notre souffle, calés sur les pensées et les mouvements de Daniel.

Oui, il est temps de voir, de comprendre. De prendre des décisions. Insidieusement, violemment, ou…

Oui, c’est le temps des désillusions. Mais c’est aussi le temps des espoirs.

« Price » de Steve Tesich / traduit de l’anglais par Jeanine Hérisson et Monsieur Toussaint Louverture / aux éditions Monsieur Toussaint Louverture

#Roman #Critique

Merci du partage

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.